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Comptoir

Comment utiliser le DISC pour négocier et vendre

Une sonnette de comptoir en métal chromé

Deux clients reçoivent la même proposition, préparée avec le même soin. L’un la signe en dix minutes sans lire l’annexe technique ; l’autre demande un délai, revient avec six questions, et finit par décider trois semaines plus tard. Ce n’est pas une question d’intérêt pour l’offre : c’est une différence dans la manière d’aborder une décision. L’outil DISC sert à repérer cette différence assez tôt pour en tenir compte — pas à prédire qui achètera.

Ce que l’outil décrit, et ce qu’il ne décrit pas

Le DISC décrit des comportements observables dans un contexte donné : la façon dont quelqu’un aborde une tâche, une décision, un désaccord. Il ne décrit pas une personnalité, ne mesure ni compétence ni intelligence, et ne dit rien de la valeur professionnelle de qui que ce soit.

Son histoire mérite d’être dite correctement, parce qu’on lit beaucoup de choses fausses à ce sujet. Le psychologue américain William Moulton Marston (1893-1947) décrit quatre réactions émotionnelles normales dans Emotions of Normal People, publié en 1928. Il n’a créé ni questionnaire, ni code couleur : les premiers instruments de mesure sont l’œuvre de Walter Clarke, dans les années 1940, et les couleurs sont venues bien plus tard, avec les versions commerciales. Le DISC ne descend pas non plus des travaux de Jung — cette filiation appartient à une autre famille d’outils. Le détail de cette généalogie et des quatre tendances figure dans le modèle des quatre tendances.

La typologie du client, ramenée à quatre manières de décider

Vu depuis l’autre côté de la table, le modèle se résume à quatre façons de décider.

Celui qui va au résultat veut le prix, le délai et ce que ça change pour lui. Il coupe l’historique de l’entreprise et les références clients. Il décide vite, parfois avant d’avoir tout lu, et il revient si quelque chose ne tient pas.

Celui qui entraîne et persuade s’intéresse à l’idée, aux gens qui l’ont mise en œuvre ailleurs, à ce que le projet rendra visible. Attention au malentendu le plus coûteux de la vente : son enthousiasme en rendez-vous n’est pas un engagement. « Influent » ne veut pas dire « influençable » — c’est lui qui influence, notamment en interne.

Celui qui privilégie la stabilité veut savoir ce qui ne change pas : le contact, le mode de fonctionnement, ce qui se passe si ça tourne mal. Il ne dira presque jamais non en face. Son refus se lit dans le silence qui suit, et dans les relances sans réponse.

Celui qui veut la précision ne s’engagera pas sans les chiffres, les conditions écrites et le détail des exclusions. Une relance pressante le braque au lieu de l’accélérer. En revanche, une fois qu’il a validé, il ne revient pas dessus.

Personne n’est d’une seule tendance : le cas ordinaire est un dosage à deux dominantes, et le même interlocuteur ne se comporte pas de la même façon selon qu’il décide seul ou devant son comité de direction.

Ce que cela change dans un rendez-vous

L’intérêt n’est pas de classer son client, c’est de changer trois ou quatre choses dans sa propre manière de faire.

L’ordre dans lequel on présente : la conclusion d’abord pour l’un, le contexte d’abord pour l’autre. Ce qu’on envoie avant : rien pour celui qui décide en séance, le document complet pour celui qui veut l’étudier. Le délai qu’on laisse avant de relancer, et la forme de la relance. Enfin, ce qu’on écrit après le rendez-vous — pour certains interlocuteurs, le compte rendu écrit le jour même vaut la moitié de la vente.

Ces ajustements portent sur la forme. Le prix, les conditions et ce qu’on s’engage à livrer ne changent pas d’un client à l’autre : c’est ce qui sépare l’adaptation du bonimenteur. La mise en pratique, situation par situation, est détaillée dans l’adaptation de son discours en rendez-vous.

Trois choses que l’outil ne fait pas

Il ne prédit pas qu’une vente se fera. Aucun profil ne corrèle avec un taux de signature. Les promesses chiffrées que l’on croise — « +30 % de conversion » — viennent de documents commerciaux d’éditeurs et ne sont vérifiables nulle part.

On ne fait pas passer de questionnaire à un client. Le profil d’un acheteur ne vous appartient pas et n’a pas à être demandé. Ce qui se pratique légitimement, c’est l’observation de ses propres échanges — et, à l’intérieur de l’équipe, des profils passés et restitués correctement.

Cela ne sert pas à recruter des commerciaux. Il n’existe pas de profil du bon vendeur : un questionnaire comportemental n’a aucune valeur prédictive de la réussite dans un poste. Il peut aider une prise de fonction, une fois la personne recrutée, jamais à décider de l’embauche. Ce que le résultat permet et ne permet pas est développé dans ce qu’un profil apporte à un commercial.

Pour qui encadre une équipe de vente

Le bénéfice change de nature. Il ne s’agit plus d’ajuster un entretien mais de donner un vocabulaire commun à la revue de portefeuille : dire « ce client a besoin des chiffres avant de s’engager, et nous l’avons relancé trois fois en dix jours » vaut mieux que « il traîne ». Cela vaut aussi pour la répartition des affaires à plusieurs interlocuteurs, et pour le débriefing d’un rendez-vous perdu. La conduite d’une équipe commerciale avec cette grille est traitée dans encadrer des vendeurs avec le DISC.

Un point de vigilance, en Suisse romande comme ailleurs : dans une PME où la décision se prend à trois ou quatre autour d’une table, le profil de l’interlocuteur principal ne dit rien de celui qui tranchera réellement. Repérer qui pose les questions de détail en dit souvent plus long que le titre sur la carte de visite.

Par où commencer

Sans rien acheter : reprendre trois affaires perdues des six derniers mois et se demander, pour chacune, si le client a eu ce dont il avait besoin pour décider — le chiffre, le délai, la garantie, la preuve que d’autres l’avaient fait avant lui. C’est un exercice d’une heure, et il produit souvent la même conclusion : ce qui manquait n’était pas un argument de plus, c’était un argument d’une autre nature.

La formation vient après, quand l’équipe veut partager le même langage ; ce qu’elle change concrètement est décrit dans former une équipe commerciale à lire ses clients. Et pour qui veut d’abord comprendre le modèle lui-même, ses quatre dimensions et ses limites, la lecture d’un profil y est reprise pas à pas, du point de vue de l’encadrement plutôt que de la vente.

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